Né de poussière d'étoiles

Découvrez la naissance d'une auteure…

L’espace d’un instant

couverture ebookJe vous présente ici, avec ce 1er chapitre, une romance contemporaine pleine de suspens…

L’espace d’un instant

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Chapitre 1

 

Le ciel voilé assombrit cette ville aux rues bondées. Même si le printemps est là, la chaleur de l’été à venir se trouve encore bien lointaine. Bientôt, la pression de l’air est telle que de fines gouttes d’eau commencent à rejoindre le sol.

Une jeune femme qui sort de l’immeuble où elle travaille, lève les yeux vers les nuages menaçants. N’ayant pas prévu une averse, elle accélère le pas pour accéder à son plus court moyen de transport, avant d’être trempée. Ses cheveux bouclés, habituellement châtains, finissent par se teinter au fur et à mesure que la pluie s’y infiltre. Plissant ses yeux clairs pour mieux conserver sa visibilité, la jeune femme gagne enfin son arrêt de bus.

Après avoir convenu d’un point de rendez-vous pour la soirée du week-end, un jeune homme quitte rapidement ses amis pour se protéger au plus vite du temps désastreux. Il a pour habitude de faire le trajet à pied, mais cette fois-ci, il décide de renoncer à sa marche quotidienne. L’eau vient ruisseler sur sa veste de cuir noir et quelques gouttes tombant dans sa nuque le font frémir. Rejoignant l’arrêt de bus le plus proche, il attend patiemment sans pour autant pouvoir s’abriter, tant l’affluence est importante.

C’est presque avec des acclamations de joie que le chauffeur de bus est accueilli. Plusieurs personnes agressives et hargneuses jouent des coudes pour s’abriter au plus vite et peut-être même trouver une place assise. La jeune femme prend son courage à deux mains, puis réussit à se faufiler entre les gens déjà présents pour se diriger vers le fond. Son trajet est long, c’est pourquoi elle préfère tenter de s’installer le plus loin possible des portes, afin de gêner un minimum de voyageurs. Le jeune homme, quant à lui, arrive à trouver une place debout, coincé entre un homme d’affaires approchant l’âge de la retraite et une femme plus petite dont le haut de la tête ne dépasse pas son épaule.

Calée contre un espace réservé habituellement aux poussettes, la jeune femme sent douloureusement la barre d’appui lui cogner le dos lorsque le bus démarre. Prenant son mal en patience, elle observe distraitement le paysage extérieur. Cette tâche devient bientôt impossible tant la buée qui recouvre les vitres est abondante. Commençant à ressentir la chaleur environnante, elle déroule son écharpe de son cou et la laisse simplement tomber devant elle, en entourant sa nuque.

Le bus s’arrête et plusieurs personnes se bousculent pour en sortir le plus rapidement possible. Excédé par une longue et fatigante journée, quelqu’un marche vigoureusement sur le pied du jeune homme. Ce dernier ne fait aucun commentaire, se contente de soupirer et de lever les yeux au ciel tant cette sauvagerie est absurde. Alors que des gens descendent, un nombre plus important tente désespérément de se réfugier de la pluie battante. Bousculé, le jeune homme se place le plus loin possible de la porte.

La jeune femme commence à se sentir à l’étroit alors que le nombre de voyageurs ne cesse de croître. Le jeune homme, dont les cheveux mouillés restent en bataille, se retrouve face à elle. Chacun semble gêné de cette proximité que leur impose la population environnante. Elle ne lève pas les yeux, se dérobe en cherchant le sol de regard qu’elle ne peut en réalité pas voir.

Il l’observe, un bref instant. Ses mèches ondulées et trempées tombent négligemment autour de son visage fin et harmonieux. Elle lui fait l’effet d’un être fragile et sans défense, se retrouvant malgré elle plaquée contre la fenêtre humide. Faisant des efforts considérables pour lutter contre la pression qui s’exerce sur son dos, il doit mettre une main sur la vitre pour ne pas l’écraser.

Le bus reprend sa route et, surprise par ce nouveau départ, la jeune femme appuie un moment sa tête contre le bras du jeune homme qui lui fait face. Elle lui adresse un léger sourire d’excuse, lève enfin ses yeux vers les siens et croise pour la première fois son regard d’une telle profondeur qu’elle s’y perd soudainement. Un marron clair qui lui sera impossible d’oublier.

Il sourit à son tour, troublé par ce simple échange. Perdant tout à coup la notion du temps et de l’espace, il continue d’observer sans retenue cette inconnue qui se trouve presque dans ses bras. Outre son regard captivant, il s’attarde sur les contours de son visage si bien tracés. Clignant subitement des paupières, il porte son attention sur la buée plus qu’abondante de la vitre, essayant d’y déceler un intérêt soudain. La température augmente et l’air devient plus étouffant.

La jeune femme ignore si c’est l’effet de son imagination, mais elle a l’étrange impression que l’espace qui la sépare de cet inconnu se réduit. Une surprenante question se pose alors à elle. Est-ce lui qui se rapproche inexorablement d’elle ou elle qui, inconsciemment, souhaite qu’il y ait contact entre eux ? Tentant de penser à autre chose qu’à ces absurdités, elle tourne la tête, faisant mine de ne pas remarquer sa présence.

Quant à lui, la force ne lui manque pas, mais il ne peut empêcher son bras de se plier légèrement afin de réduire la distance. Il lui est presque possible de sentir son parfum : un mélange subtil et fruité qui s’allie harmonieusement avec son teint quelque peu rosi par la chaleur. Fermant les yeux, il utilise ses sens pour permettre à son imagination de vagabonder.

Sa veste de cuir est ouverte, laissant ainsi apparaître une chemise blanche dont le premier bouton est défait. Ne pouvant s’en empêcher, le regard de la jeune femme s’attarde quelques instants sur son cou. Elle se surprend même à imaginer la douceur de sa peau. Après un rapide coup d’œil, elle voit qu’il a fermé les yeux. À quoi peut-il bien penser ? Un souffle lent et régulier frôle le haut de son crâne. La respiration du jeune homme semble être maîtrisée par de considérables efforts. Cela doit être l’effet de la chaleur, se dit-elle alors qu’elle se sent bouillir sur place.

La tête de la jeune femme atteint aisément son nez, ce qui confirme ses impressions sur le parfum. Sentant soudainement un souffle chaud contre son cou, le jeune homme est parcouru d’un frisson. Il a tout à coup les battements de son cœur qui s’accélèrent de façon surprenante. Une étrange envie de resserrer ses bras autour de cette inconnue le prend. C’est une idée absurde, contre laquelle il doit lutter, au risque de paraître trop entreprenant.

Une fois de plus, le bus est arrêté et d’autres personnes veulent s’introduire dans l’habitacle plus que bondé. Le jeune homme se rapproche, si c’est encore possible. Leurs corps sont maintenant collés l’un à l’autre. Perdant toute raison et lucidité, elle dépose sa tête contre l’épaule de cet inconnu. Elle n’a plus la force de lutter tant la chaleur environnante l’engourdit.

Ce geste suffit à faire disparaître toute trace de résistance. Sa joue se colle d’elle-même sur la chevelure humide de la jeune femme. Il donnerait n’importe quoi pour que cet instant dure jusqu’à la fin de ses jours. Les jambes écartées, il tient ainsi en équilibre face aux arrêts et accélérations du bus. Ses bras se dirigent ensuite lentement autour d’elle, puis ses mains se déposent sur son dos.

Sentant que son approche insensée n’est pas repoussée, mais au contraire, encouragée par d’autres gestes de réponse, la jeune femme s’autorise donc à agripper ses doigts sur la veste de cuir. Elle souhaiterait vivre ainsi pendant toute une vie.

Les minutes s’écoulent et la distance parcourue n’a plus la moindre importance. Même si le bus se vide au fur et à mesure, les deux jeunes gens ne bougent pas une seule fois. Par peur sans doute. Peur de briser ce lien si précieux à leurs yeux. Peur de découvrir le regard de l’autre et d’y retrouver la gêne du début. Peur de se réveiller tout en découvrant avoir vécu leur plus beau rêve.

Malgré tout, une voix les sort brutalement de leur somme :

— Terminus, s’écrie le chauffeur.

S’écartant l’un de l’autre, ils se rendent compte qu’ils sont seuls et que le bus s’est arrêté. Chacun laisse tomber son regard sur le sol, sans oser lever les yeux l’un vers l’autre, tels deux enfants pris en faute. Quittant le bus l’un après l’autre, ils prennent chacun un chemin différent sous un soleil éclatant.

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