Né de poussière d'étoiles

Découvrez la naissance d'une auteure…

Les Orakles – Tome II

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Voici le premier chapitre du Tome II de la série Les Orakles…

Les Orakles – Tome II : Le Poignard d’Argent


La Clé de Bronze

(Chapitre 1)

 

            Au beau milieu d’une terre sauvage, deux êtres firent leur apparition. Un homme et une femme, seuls humains à des kilomètres à la ronde. En ce mois de juin, l’été venait de faire son arrivée, mais l’homme resserra légèrement sa veste autour de lui. L’Islande du Nord restait un pays froid, non loin du cercle arctique. La jeune femme porta son regard tout autour d’elle, s’assurant qu’ils étaient bien les seules personnes présentes. Un vent frais se glissa à travers ses cheveux noirs et bouclés, mais le froid n’était plus une sensation désagréable pour elle, depuis maintenant plus de cinq ans. Vêtue d’un simple jean et d’un haut léger qui pouvait étonner, on arrivait aisément à distinguer un tatouage de dragon lui entourant l’avant-bras droit.

            Bien que la jeune femme n’ait pas de réelle affinité avec la terre, elle n’en eut pas moins le souffle coupé en admirant toute cette verdure et ces montagnes à perte de vue.

— Tu es sûr que nous sommes au bon endroit ? demanda-t-elle en se tournant vers le jeune homme.

            Ce dernier avait gardé ses yeux en amande rivés sur son téléphone portable, espérant obtenir le réseau souhaité pour découvrir leur position précise. Il fit quelques pas, pour aider l’instrument dans sa localisation.

— On y est presque. Il faut continuer par là, annonça-t-il en désignant une zone plus rocheuse.

            L’homme garda son attention sur l’appareil, sans prendre le temps de profiter du paysage. Il n’avait qu’une chose en tête : terminer cette mission pour retrouver son pays au plus vite. La jeune femme souhaitait également rentrer, elle était épuisée. Mais c’était avec une admiration non dissimulée qu’elle prit le temps de contempler cette terre sauvage. L’herbe dominait cette zone, mais à mesure qu’ils avançaient, de nombreuses roches prenaient l’avantage. Soudainement, le jeune homme s’arrêta au milieu de nulle part.

— C’est ici.

— Mais il n’y a rien, s’étonna la jeune femme en observant les alentours.

            Sans savoir comment se l’expliquer, son attention fut retenue par un rocher légèrement plus gros que les autres. Elle posa ses mains nues sur la pierre et ferma les yeux pour se concentrer.

— Si les coordonnées sont bonnes, il faut aller en profondeur, dit-elle avant de s’écarter.

            Elle n’eut rien besoin de demander que le jeune homme avait déjà deviné ce qu’il fallait faire. Les pieds écartés, il était dans une position stable. Il bougea ses bras autour de lui et, en même temps, la roche commença sa translation sur le côté. Une fois le déplacement terminé, et sans s’étonner de cette prouesse, la jeune femme se rapprocha pour observer une cavité dans le sol. Se plaçant à genoux, elle mit ses mains sur les parois avant de reprendre la parole :

— C’est une grotte de glace. Cela semble solide. Je descends en premier.

            Avant de s’aventurer dans le souterrain, la jeune femme prit soin d’utiliser une application de son téléphone pour obtenir une source de lumière permanente. Elle le fixa à sa ceinture pour garder ses mains libres. Progressivement, elle s’aida de la paroi anguleuse pour prendre ses appuis et gagner en profondeur. À chaque fois que ses doigts se posaient sur les murs gelés, des cristaux de glaces apparaissaient, lui donnant ainsi un maintien parfait. Elle disparut totalement avant que le jeune homme ne se décide à faire de même. Après un moment qui leur sembla long, ils se retrouvèrent dans une cavité entièrement faite de glace.

— Je ne pensais pas que ce serait autant gelé en cette période, s’étonna le jeune homme.

— N’aie pas peur, Dwik, je suis là, dit-elle avec un clin d’œil.

            Un sourire s’étira sur les lèvres dudit Dwik. La jeune femme porta son attention sur ces parois si parfaites, en les effleurant. La lumière fournie par leurs appareils dévoila des nuances de bleus d’une incroyable beauté. On aurait pu penser qu’ils étaient bien blottis dans une bulle, en plein cœur d’un océan. Même si jusque-là, Dwik n’avait pas semblé émerveillé par le paysage, il libéra ses impressions :

— C’est quand même beau ce que peut faire la nature.

— C’est bien là que tu te trompes. Cette glace n’est pas naturelle. Sous terre, on n’est pas censé voir de telles couleurs. Je pense que tout ceci a été créé par un Orakle.

— Vraiment ? Le premier Orakle avant toi ?

— Peut-être, laissa-t-elle entendre. Ou celui d’avant… Je n’ai aucune idée de l’âge de cette grotte.

— De toute façon, on n’a pas beaucoup d’éléments concernant cet objet qu’on nous a envoyés chercher.

            La jeune femme fronça les sourcils. Il disait vrai et c’était une situation qui lui déplaisait au plus haut point.

— Ne t’en fais pas, je ferai parler Victor McBurn.

— J’ai confiance en toi pour ça, Lowyn !

            Se tournant sur elle-même, la jeune femme, prénommée Lowyn, continua sa progression au cœur de la terre. À mesure qu’ils s’aventuraient plus profondément encore, Dwik ressentit le froid le mordre jusqu’à ses os. Il espérait que cette escapade touchait bientôt à son terme.

            Arrivant dans un cul-de-sac, Lowyn perdit sa lumière. Elle secoua son smartphone, dans l’espoir qu’il se remette en marche.

— Cette batterie ne tient jamais !

            Dwik se rapprocha pour illuminer le mur de glace qui se tenait devant la jeune femme. Il arrêta son geste, croyant discerner une couleur métallique au milieu de tous ces bleus.

— On l’a trouvée ! s’exclama Lowyn.

— Si, comme tu le penses, c’est un Orakle qui l’a mise ici, toi seule peux l’en déloger, analysa Dwik.

            Comme pour répondre à cette remarque, la jeune femme plaça ses mains toujours nues sur la glace, en fermant les yeux. Elle devait se concentrer pour la faire fondre et ainsi libérer ce qu’ils étaient venus chercher. Confirmant ses premières impressions, cela prit plusieurs minutes pour que le liquide commence à apparaître. Habituellement, Lowyn avait une très bonne maîtrise de son élément pour lui permettre de jouer avec les différents états de l’eau. Mais, cette fois-ci, la tâche lui sembla plus difficile. Cela validait bien son idée sur cette grotte ancienne. L’Orakle qui avait renfermé l’objet, s’en était occupé avec soin plusieurs dizaines ou centaines d’années avant ce jour.

            Petit à petit, l’eau ruissela, creusant un trou de plus en plus profond dans ce mur ancien. Les mains de l’Orakle s’enfonçaient au fur et à mesure, se rapprochant ainsi de la relique tant convoitée. La couche de glace avait donné un effet loupe sur leur perception des choses. En effet, l’objet devenait de plus en plus petit jusqu’à tenir largement dans le creux de la main de Lowyn.

— Je te présente, la Clé de Bronze, annonça la jeune femme en se retournant vers Dwik.

            Ce dernier sembla perplexe pendant un bref instant.

— Je l’imaginais plus grande. Ça semble ridicule.

— C’est vrai que je pourrai facilement la mettre comme pendentif sans que ça ne choque personne.

            La partie servant à la prise en main était faite de différents arcs de cercle, rappelant des pétales. En ce qui concernait le panneton, il avait la forme d’un croissant de lune. Observant cette forme, Lowyn se demandait plus que jamais ce que cette petite pièce de métal pouvait bien ouvrir. Une question à laquelle seul le Conseil de la Magie pouvait répondre.

— On y va maintenant, dit Dwik en prenant la main de la jeune femme.

            Après quelques secondes, rien ne se produisit. Lowyn haussa un sourcil de surprise en regardant le Magicien.

— Tu ne sais plus te transporter ? Tu souhaites peut-être que je t’apprenne comment on fait, railla-t-elle en se remémorant que c’était lui qui lui avait enseigné cette pratique de déplacement.

— Ce n’est pas drôle. On ne peut pas quitter ce lieu par la magie…

— Il va donc nous falloir remonter à la surface comme de simples Non-Magiques !

            Ils entamèrent ainsi leur ascension. Cet exercice sembla bien plus facile pour Lowyn qui s’aidait de la glace pour ses accroches. Ses mains laissaient apparaitre son élément durci au contact des murs, donnant une stabilité parfaite. Elle se rappela un instant de la première séance d’escalade qu’elle avait pratiquée après avoir reçu ses pouvoirs d’Orakle. Le stress avait rendu ses mains moites et glissantes, mais elle avait réussi à se sauver d’une chute lorsqu’une de ses mains s’était retrouvée prise d’une couche de glace, retenue à son accroche. Son sourire s’élargit alors qu’elle réalisa tout le chemin parcouru après toutes ces années.

            Elle jeta un regard en dessous d’elle. Dwik ne pouvait compter que sur sa condition physique pour gagner en altitude. Elle eut un mince sourire, contente de ne pas avoir eu besoin de se muscler à outrance. La magie aidait dans toutes les activités du quotidien, mais il était parfois bon de se rappeler qu’il était possible de vivre sans.

            Une fois avoir regagné la surface, Lowyn put à nouveau admirer le paysage verdoyant qui les entourait.

— C’est étrange que cette zone ait été bloquée pour toute transportation, remarqua Dwik qui venait de la rejoindre, à bout de souffle.

— Il doit y avoir une bonne raison pour que cette clé se soit retrouvée dissimulée avec autant de soin.

            Dwik regarda sa montre, puis le soleil encore haut dans le ciel.

— Il ne fait jamais nuit ici ?

— Pas en cette période, je crois, se hasarda l’Orakle avec un sourire.

— Allons-y.

            Le Magicien prit la main de Lowyn et fut heureux de constater que, cette fois-ci, ils étaient libres de disparaitre sans entrave.

            Ce fut dans un couloir éclairé de bougies qu’ils réapparurent. Ils attendirent un instant, au cas où quelqu’un serait déjà en entretien avec le conseil. Dans un grincement, la grande double porte s’ouvrit d’elle-même. Prenant ce signal comme une invitation, ils pénétrèrent dans une pièce sombre. Neuf personnes y siégeaient autour d’une grande table rectangulaire. En son centre, et confortablement installé sur une chaise imposante, un homme faisant preuve d’une grande prestance les dévisagea. Seuls ses yeux verts brillaient d’un éclat particulier, alors que le reste de son visage était comme voilé par l’obscurité.

— Nous l’avons trouvée, annonça Lowyn.

— Bien. Laissez là ici. On vous rappellera pour la suite…

— Quoi ? Mais vous pourriez au moins nous en dire un peu plus.

— Il n’y a rien à ajouter, car nous n’en savons pas plus que vous, expliqua calmement Victor McBurn. Nous devons faire des recherches sur cet objet avant de poursuivre.

— De poursuivre quoi ? demanda subitement Lowyn qui commençait à perdre patience. Vous laissez toujours planer le mystère. Comment avez-vous pu trouver le lieu où était dissimulée cette clé si vous ne savez rien la concernant ?

— J’aurais bien aimé vous en dire plus, mais je ne sais pas ce qu’elle peut bien ouvrir. Il y a des milliers de manuscrits anciens qui garnissent toute une bibliothèque sur plusieurs dizaines de mètres carrés. Toutes les réponses sont dans ces livres. C’est comme ça, après de nombreuses traductions, que nous avons pu découvrir l’emplacement exact. Notre travail est de faire des recherches sur notre passé et sur ce que des objets comme celui-ci sont sensés nous apporter…

            Lowyn soupira. Présenté comme ça, elle ne voyait pas comment exiger plus de précisions. Ce discours lui donnait la désagréable impression d’en demander trop, de ne pas rester à la place qui était la sienne. Après tout, elle n’avait pas beaucoup d’ancienneté, ni même de savoir sur ce monde magique. Comment pouvait-elle exiger du Président du Conseil d’être automatiquement mise dans la confidence ? Les missions qui leur étaient confiées montraient suffisamment la confiance que le Conseil de la Magie avait placée en eux.

— Ce que vous faites a de l’importance, même si je ne vous dis pas tout, poursuivit Victor McBurn. Vous faites partie du secret sur bien des aspects de la magie d’aujourd’hui. Et cela, vous pouvez en être fiers.

            Comme pour répondre à cette dernière phrase, Dwik se redressa en bombant le torse. Lowyn ne rajouta pas un mot. Elle savait à l’attitude du jeune homme qu’il ne servait plus à rien de discuter. Il avait passé toute sa vie à vouloir faire ses preuves aux yeux de cet homme. Ces mots résonnaient aujourd’hui comme un encouragement, mais aussi un début de reconnaissance. Victor McBurn jouait-il avec les sentiments de ce fils ? Lowyn garda ses pensées pour elle, sachant que Dwik prendrait instantanément la défense de ce père si elle poursuivait. Après toutes ces années, l’Orakle aurait pensé qu’il changerait de comportement en apprenant que Victor McBurn n’était que son père adoptif. Mais en vain.

            Lowyn se rapprocha de la grande table et y déposa doucement la petite Clé de Bronze.

— Prenez-en soin. Elle était suffisamment bien gardée pour que son pouvoir soit à craindre…

            Après cet avertissement que la jeune femme savait presque inutile, elle se tourna vers Dwik en lui tendant la main. Le jeune homme s’en saisit et ils quittèrent les lieux sans rien ajouter.

            Ouvrant les yeux, l’Orakle découvrit la destination qu’elle avait parfaitement visualisée. Ils étaient dans le salon d’un petit appartement. Petit, certes, mais bien situé au cœur de la capitale. Un lieu qu’ils s’étaient approprié et qu’ils avaient aménagé à leur convenance pour se sentir chez eux. Car ce logement n’était pas le leur. Difficile de vivre dans Paris avec un seul salaire. Seul Dwik avait un travail et Lowyn continuait encore ses études. Son besoin d’indépendance l’avait conduite à quitter ses parents. La proximité avec son lycée avait été un argument de poids auprès de sa mère. Même si les problèmes de distances n’en étaient plus vraiment, grâce à ses pouvoirs d’Orakle.

            Lowyn et Dwik avaient mis du temps avant de pouvoir vivre ensemble. La magie ne résolvait pas tous les soucis du quotidien. Être un Orakle ou un Magicien ne permettait pas de gagner de l’argent pour vivre et se loger. Il avait donc fallu trouver une solution. Dwik avait eu le courage de faire comprendre à Victor McBurn que leurs missions pour le Conseil de la Magie devaient comporter quelques compensations. Ce fut donc dans un appartement dont le Président du Conseil était propriétaire qu’ils emménagèrent. Sans payer de loyer, la vie était bien plus simple.

            Épuisés par cette longue journée, les deux jeunes gens allèrent se coucher directement. Après un bref « bonne nuit », Dwik sombra rapidement dans un lourd sommeil.

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